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QUARTIER GENERAL DU
VIII
CORPS

RAPPORT DU VIIIe CORPS APRES LES OPÉRATIONS CONTRE LES FORCES ENNEMIES EN BRETAGNE (FRANCE) PENDANT LA PERIODE DU 1 - 30 SEPTEMBRE 1944

         De bonne heure dans l'après-midi du 10, la 8e Division atteignit les rives de la Penfeld, près des remparts, avec le 13e d'infanterie. Le 121e d'infanterie parvint également devant les remparts et essaya de livrer l'assaut contre cet obstacle après un tir sérieux de préparation d'artillerie. L'assaut échoua à cause du feu intense d'armes automatiques et de canons anti-tanks provenant des remparts. Le lendemain l'artillerie du VIIIe Corps essaya de faire une brèche dans les remparts par un tir direct exécuté par des pièces lourdes, mais alors que des ouvertures furent réalisées dans la partie supérieure du remparts, la partie inférieure demeura intacte et la brèche fut insuffisante pour permettre un assaut de l'infanterie.

           Afin de donner plus de puissance aux attaques effectuées par la 29e Division, le secteur d'opération de la Division fut réduit le 10 Septembre, ce qui fut effectué en transférant le 28e d'infanterie de la 8e Division sur l'emplacement du front occupé par le 115e d'infanterie. Ce déplacement donnait à la division la possibilité de concentrer ses forces pour des attaques de côté de Recouvrance. Dans cette même journée, la 29e Division attaqua avec deux régiments en ligne et réalisa quelques légers gains. La Force Opérationnelle "S" nettoya la presqu'île du Conquet et le lendemain cette formation fut dissoute.

           Pendant ce temps, l'assaut entrepris contre le rempart, soit au Nord ou soit à l'Est, parut une entreprise coûteuse et dont le succès était douteux même avec une force si importance fut-elle. On prit donc la décision de contenir les forces ennemies dans l'intérieure de la vieille ville en tâchant de les obliger à se rendre au moyen d'un bombardement par l'artillerie et l'aviation, tout au moins à partie du moment où la défense des remparts paraîtrait s'affaiblir ou lorsqu'un point plus approprié fut découvert pour y creuser une brèche.         

La 8e Division ayant atteint le rempart sur tout l'étendue de son front, il fut décidé de la retirer et de l'envoyer à Crozon afin d'obtenir la reddition des forces ennemies dans cette presqu'île. C'est pourquoi, au cours de la nuit du 11 Septembre, les 13e et 121e régiments furent retirés du front et rassemblés dans les environs de Plouvien, en vue de son transfert vers le Sud, Le 2e Bataillon du 28e d'infanterie étant en réserve de division fut envoyé pendant la nuit dans la presqu'île de Crozon. C'est à la 2e Division que fut attribuée désormais la mission de contenir les défenses intérieures de l'ennemi au Nord de la ville et cette division déplaça la 9e d'infanterie vers l'Ouest pour lui faire occuper le secteur à l'Est de la Penfeld. Quartier St-Martin

           Dans le courant de cette même nuit, la 8e Division fut retirée et la 29e Division lança une attaque de 11 heures à minuit. Cette attaque nocturne fut assez puissante et pénétra assez profondément en avant pour pouvoir être poursuivie le lendemain. Le fossé antichar à l'Ouest de Saint-Pierre fut traversé par le 115e d'infanterie et il put être réalisé des avances sur la côte 97, attaquée par le Nord. Pendant la journée du 12 Septembre, la 2e Division continua sa lutte de maison à maison , alors que la 8e Division poursuivait sa concentration en vue de l'opération de Crozon.

           Le 13, le Colonel Reeves, Officier de renseignement du VIIIe Corps, fut envoyé avec un message au commandant en chef allemand, le Général Ramcke pour lui demander la reddition de la place de Brest et des forces ennemies de Crozon. Dans ce message, il fut précisé que, désormais, toute résistance était inutile ainsi que les pertes de vies humaines déjà faites en vue de la défense. Cette demande fut repoussée par le commandant en chef allemand. L'échec de ces négociations en vue de la reddition fut porté à la connaissance des troupes du Corps d'Armée auxquelles il fut enjoint d'en instruire les troupes allemandes.

           Au cours de cette même journée où fut faite la demande de reddition, la 29e Division attaqua avec quatre bataillons en ligne et quelques gains substantiels purent être réalisés sur la gauche du secteur tenu par la division. Le 2e bataillon du 175e d'infanterie enleva d'assaut le fort de Kéranroux. Dans le secteur de la 2e Division, le 9e d'infanterie consolida ses positions le long de la partie Nord des remparts, pendant que les deux autres régiments continuaient la lutte de maison en maison à l'Est de la ville. De son côté, la 8e Division fit avancer le 121e d'infanterie et une partie du 28e d'infanterie su Crozon.

           Le 14 Septembre, la 8e Division continua à effectuer son déplacement dans la presqu'île de Crozon et disposa ses troupes pendant la soirée et la nuit en vue d'une attaque pour le 15. La Force Opérationnelle "A" qui avait contenu l'ennemi à Crozon sur la ligne de Telgrue avait été rattachée à la 8e Division en vue de cette attaque. Dans le secteur Est de Brest, la 2e Division continua sa lutte de maison en maison en dehors des remparts. Au fur et à mesure de leur avance, nos bataillons découvrirent des tunnels et des abris souterrains qui contenaient un nombre considérable d'Allemands et quelques Américains blessés. La saleté habituelle, propre aux ambulances et hôpitaux de campagne allemands régnait dans ces lieux et l'on entreprit aussitôt l'évacuation dans les hôpitaux américains.

           A l'Ouest, la 29e Division poussait son attaque et réalisait des progrès considérables sur la gauche avec le 175e d'infanterie. La grande butte du Polygone qui sert d'écran au champ de tir de la Marine fut enlevée et une contre-attaque sur le Fort de Kéranroux fut repoussée. L'escadron "B" du 141e Corps Royal blindé avec 15 "crocodiles" (tanks Churchill armés de lance-flammes en plus de leur équipement normal) qui était attaché au 116e d'infanterie appuya son attaque sur le Fort de Montbarey. Quatre des tanks qui lançaient des flammes furent utilisés mais furent peu efficaces lors de leur première intervention. Bien qu'un passage à travers le champ de mines fut nettoyé et balisé pour eux, deux des tanks s'écartèrent et touchèrent des mines. Un autre tank fut détruit par le feu de l'ennemi alors qu'un quatrième ne put prendre le départ. A la droite de la division, le 115e d'infanterie s'empara de la cote 99 au Nord-est du village de la Trinité. La résistance sur tout le front était acharnée mais tout de même plus de 700 hommes furent fait prisonniers pendant la journée. Les batteries de l'ennemi de la presqu'île de Crozon, malgré de fortes concentrations de feu effectuées par l'artillerie du Corps d'Armée et l'aviation continuaient à harasser le flanc droit de la 8e Division avec un feu spasmodique pendant toute la journée.

           Dans la presqu'île de Crozon, la 8e Division avec un front de deux régiments, lança une attaque à 8 heures du matin du 15 Septembre. L'attaque fut déclenché avec un ciel nuageux et des averses intermittentes qui interdirent jusqu'à l'après-midi l'usage de l'appui de l'aviation. Au début, on rencontra peu d'opposition, mais vers 10 heures, la principale ligne de résistance de l'ennemi fut atteinte et l'opposition se raidit considérablement. De nouvelles attaques furent lancées dans le courant de l'après-midi, mais elles ne purent percer la ligne en aucun point.

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