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QUARTIER GENERAL DU
VIII
CORPS

RAPPORT DU VIIIe CORPS APRES LES OPÉRATIONS CONTRE LES FORCES ENNEMIES EN BRETAGNE (FRANCE) PENDANT LA PERIODE DU 1 - 30 SEPTEMBRE 1944

         Le 29e Régiment put exploiter l'entrée du 2e Bataillon du 175e dans l'intérieur de la ville. Le 17, vers midi, un pont sur la Penfeld fut conquis et vers 17 heures, toute la partie de Recouvrance s'étendant entre les remparts et la rivière fut dégagée. Seuls le fort du Portzic et la Base Sous-marine tenaient encore à la tombée de la nuit. Le 18, à 8 heures du matin, ces positions furent conquises et toute la résistance à l'Ouest de la Penfeld était liquidée. Dans ces deux journées d'opérations, la 2e Division continua à rencontrer de la résistance dans la matinée du 18, mais cette résistance ne provenait que de groupes isolés de combattants et vers 13 heures tout ce secteur était nettoyé. La 2e Division fit 2 900 prisonniers dans la journée du 18.

         Dans la presqu'île de Crozon, l'ennemi continua à résister même après la chute de Brest, mais cette résistance s'affaiblit rapidement. A la tombée de la nuit le 28e d'Infanterie occupa la presqu'île de Camaret. La Force Opérationnelle "A" se rendit maîtresse de la presqu'île du Cap de la Chèvre, pendant que le 2e Bataillon d'Éclaireurs (Rangers) nettoyait l'île Longue. Le 13e d'Infanterie tâta la résistance du rempart de la forteresse vers la gorge de la presqu'île de Quelern et se prépara à l'assaut le lendemain matin jusqu'aux points fortifiés de la Pointe des Espagnols.

         Le 19 Septembre à midi, le 13e d'Infanterie escalada le rempart de Quelern et poussa jusqu'à la pointe Nord de la presqu'île de Crozon. Des drapeaux blancs flottaient sur les forts à la fin de l'après-midi et le commandant en chef de la forteresse de Brest, le Lieutenant Général Ramcke et ce qui restait de ses forces furent faits prisonniers.

         Le 20, la Force Opérationnelle "A" fut envoyée capturer une troupe de 325 Allemands qui occupaient la presqu'île de Pont-Croix à l'Ouest de Douarnenez. Une sommation de se rendre fut repoussée, mais quelques décharges d'artillerie et la présence d'un avion au-dessus de la position déterminèrent l'ennemi à accepter les conditions et à se rendre.

         La conquête des Forts de Crozon, ainsi que la capture du Commandant de la garnison de Brest, le Lieutenant Général Ramcke, entraînaient la fin de la résistance de Brest ainsi que la destruction d'une unité d'élite de l'armée allemande, la 2e Division de parachutistes. La 343e Division allemande d'infanterie ainsi que le 266e Division allemande d'infanterie furent également détruites par le VIIIe Corps au cours de l'opération de Brest et leurs états-majors tués ou faits prisonniers. Le Général Raush qui commandait la 343e Division et le Général Spang qui commandait la 266e furent tous deux faits prisonniers. Un calcul final montra que 38 000 hommes furent faits prisonniers au cours de l'opération, ce qui portait à 76 000 le total des hommes faits prisonniers par le VIIIe Corps au cours des campagnes de Normandie et de Bretagne. Plus de 4 000 Allemands blessés dont un grand nombre grièvement furent évacués dans et autour de Brest, des nombreux tunnels, ambulances et hôpitaux. On ignore actuellement le nombre total des Allemands tués dans la défense de ce port, la ville ayant été remise au service des Communications avant la fin des recherches et de la mise en terre des cadavres. Selon les évaluations incomplètes que l'on put faire avant le départ du VIIIe Corps vers l'Est, 1 059 Allemands ont reçus une sépulture jusqu'à cette date.

        L'oeuvre de destruction dont la ville a été victime était effroyable. Les Allemands ont voulu rendre complètement inutilisable tout ce qui aurait pu être utile aux Américains en ce qui concerne l'établissement portuaire. Les ponts à travers la Penfeld étaient détruits et leurs débris bloquaient complètement le chenal. Sur le front de mer, les quais, cales sèches et grues étaient démolis et les Allemands allèrent même jusqu'à faire sauter les brises-lames qui entouraient le port de guerre et le port de commerce. De plus, ces bassins ainsi que la rivière étaient encombrés de navires sabordés.

        Les opérations du siège effectuées par le VIIIe Corps contribuèrent matériellement à ces dommages. Le terrible pilonnage effectué par l'aviation et l'artillerie américaine en même temps que l'emploi d'essence blanche au phosphore et de napalm, vida et incendia complètement chaque immeuble dans la partie centrale ainsi que dans la base naval de Recouvrance. Les rues étaient encombrées par les décombres et les murs qui s'écroulaient, rendaient une avance à travers la ville difficile et hasardeuse. Le dégagement des rues destinées à la circulation fut une tâche considérable pour le génie.

         La ville fut remise à la section des Communications de la base de Bretagne dans la soirée du 19 Septembre. Par suite de la destruction considérable dont avait souffert le port, son utilisation immédiate fut jugée douteuse. Les examens préalables pratiqués par les autorités du port n'étaient pas très encourageants et la conquête imminente des ports de la Manche pouvait écarter totalement la nécessité de l'utiliser.

         Cependant, le résultat immédiat fut l'élimination d'un élément important de l'Armée allemande et la libération du VIIIe Corps en vue de futures opérations dans l'Est.

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